Discours de Valéry Giscard d’Estaing à l’occasion de l’inauguration de la place de Romilly [el]

Le lundi 16 septembre, M. Valéry Giscard d’Estaing, ancien Président de la République française et membre de l’Académie française, a prononcé un discours à l’occasion de la cérémonie d’inauguration de la place Jaqueline de Romilly à Athènes.

Monsieur le Maire,
Madame la présidente du centre culturel hellénique à Paris,
Monsieur le président de l’Académie d’Athènes,
Monsieur le président de l’Institut français,
Monsieur le secrétaire perpétuel,
Messieurs les membres de l’Académie d’Athènes,
Monsieur l’ambassadeur,
Mesdames et Messieurs,

Jacqueline de Romilly aimait la Grèce !

Elle n’est plus là pour le dire, c’est pourquoi nous parlons à sa place.

Bien qu’elle habitât Paris et Aix-en-Provence, bien qu’elle vienne siéger tous les Jeudis à l’Académie Française, nous savions que son esprit et son cœur étaient constamment tournés vers la Grèce, et particulièrement vers Athènes.

C’est pourquoi je remercie la municipalité d’Athènes de son beau geste d’avoir donné son nom à une Place, et de l’avoir choisie de telle sorte que Jacqueline de Romilly n’ait que quelques pas à faire pour rejoindre la Grèce classique, la Grèce du Vè Siècle, qu’elle aimait particulièrement.

Ce n’était pas un amour statique, mais un amour évolutif, car elle savait que la Grèce avait connu, au cours de cette période, fourmillant de fortes personnalités, une évolution qui a marqué l’humanité toute entière.

Jacqueline de Romilly était professeur de langue grecque. Elle regrettait comme moi-même la période, encore récente, où la plupart des lycéens français apprenaient la langue de Démosthène et de Platon.

Nous retrouvons la pensée de Jacqueline de Romilly dans deux de ses livres, où elle nous montre l’extraordinaire évolution de l’homme au cours du Vè Siècle Athénien.

Le premier porte sur l’histoire de la tragédie grecque. Pendant la courte période de 80 ans où celles-ci ont été composées, de 472 à 404, Jacqueline de Romilly nous montre l’extraordinaire évolution de la posture de l’homme face aux Dieux.

Dans la tragédie des « Perses », les Dieux sont maîtres du monde, et le destin des hommes dépend de leurs décisions.

Puis avec Sophocle, l’éthique humaine entre dans le débat. Les Dieux gardent le pouvoir de conclure, mais au préalable les hommes s’affrontent sur les solutions.

Et Euripide achève l’évolution, en attirant l’attention sur la complexité des comportements humains, et sur leurs tragiques contradictions.

Ainsi voit-on grandir, en 80 ans, l’autonomie de l’homme, éloigné des Dieux, et les terribles responsabilités qu’il doit assumer.

L’autre livre, un de ses derniers, s’intitule « l’élan démocratique dans l’Athènes ancienne ».

Jacqueline de Romilly insiste sur le fait que le concept de démocratie n’est pas né en premier, mais qu’il procède d’une demande préalable, celle du droit à la parole, l’isègoria.

Avant l’égalité dans le pouvoir, les Athéniens ont demandé l’égalité dans l’accès à la parole. Ce n’était pas pour présenter des revendications particulières, mais pour rechercher la meilleure voie à suivre pour sauver la patrie.

C’est ce qu’exprime la superbe déclaration qu’Euripide fait prononcer par Thésée dans la pièce des Suppliantes, sur l’Agora où nous nous trouvons :

Quant à la liberté, elle est dans ces paroles « Qui veut, qui peut donner un avis sage à sa patrie ? ».

C’est le message que nous fait entendre Jacqueline de Romilly du Parnasse où elle se trouve désormais, à un moment tourmenté de l’histoire du peuple hellène, dont les amis de la Grèce, dont je suis, commencent à apercevoir la fin.

Elle nous recommande :

« Que s’expriment ceux qui veulent, ceux qui peuvent, donner un avis sage à leur patrie ».

Je vous remercie.

Valéry Giscard d’Estaing


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- Inauguration d’une place d’Athènes au nom de Jacqueline de Romilly en présence du Président Valéry Giscard d’Estaing

dernière modification le 28/01/2019

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