Ernest Hébrard, l’âme du plan de Thessalonique (N°17, 6 mai 2021) [el]

Après la trêve de Pâques, nous vous retrouvons aujourd’hui pour une chronique autour d’Ernest Hébrard, ce Français à l’origine du plan de Thessalonique.
Nous vous informons que nous passons dorénavant à un rythme mensuel et vous retrouverons donc chaque premier jeudi du mois pour une nouvelle Chronique du Jeudi de LA FRANCE À THESSALONIQUE.
Bonne lecture !

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Ernest Hébrard, l’âme du plan de Thessalonique

Comme évoqué lors de chroniques précédentes, la France a apporté une contribution très significative au développement de Thessalonique au fil des siècles : elle est le premier pays étranger à ouvrir un consulat dans la ville en 1686¹ ; c’est à un entrepreneur français qu’est confiée la construction du port, à la fin du XIXᵉ siècle² ; et pendant la Première Guerre mondiale, l’armée d’Orient, sous commandement français (1915-1918), va contribuer à la métamorphose de la ville et de la région, construisant routes, ponts, voies ferrées, entrepôts, renforçant approvisionnement en eau et agriculture.³
Le front d’Orient était composé de soldats, mais aussi d’architectes, d’ingénieurs, de scientifiques, d’agronomes, de médecins, ou d’archéologues. Parmi eux, il en est un, Ernest Hébrard, qui joua un rôle de premier ordre dans la conception de Thessalonique telle que nous la connaissons aujourd’hui.

En août 1917, un gigantesque incendie embrase la ville pendant plus de trente heures, détruisant la presque totalité du centre historique, et laissant quelque 70 000 personnes sans abri. Le gouvernement grec décide alors de repenser totalement le schéma de la ville pour la moderniser et lui donner une nouvelle identité (tout juste cinq ans après le retour de Salonique dans le giron grec). Il constitue alors une commission internationale, où plusieurs architectes sont appelés à participer, le Français Ernest Hébrard, le Britannique Thomas Mawson, les Grecs Aristotélis Zachos et Konstantinos Kitsikis, ou des ingénieurs comme le Français Joseph Pleyber.

Le Premier ministre Eleftherios Venizelos et son ministre des Communications Alexandros Papanastassiou comprennent vite l’avantage de disposer sur place d’une personne comme Ernest Hébrard. L’architecte urbaniste français, qui dirige le service d’Archéologie de l’Armée française d’Orient, est diplômé de l’École des Beaux-Arts à Paris. Lauréat du prix de Rome en architecture en 1904, il a travaillé sur l’architecture du pourtour méditerranéen (en particulier le palais du Dioclétien à Split) lors de son séjour à la Villa Médicis (l’Académie de France à Rome). Il a aussi dessiné auparavant le plan d’une ville idéale, le Centre mondial de communication.

L’équipe de la commission se met immédiatement à la tâche et Hébrard, qui se voit vite confier la direction des travaux, imagine une ville exemple, mettant toutes ses connaissances en matière d’urbanisme, son goût pour la beauté et l’archéologie, et son ingéniosité, au service du projet.
Il est impressionnant de mesurer aujourd’hui l’esprit visionnaire et précurseur de l’urbaniste. Hébrard dresse un plan très organisé, synthèse de sa culture classique et des influences modernes de l’urbanisme. Il dessine un centre-ville presque symétrique, composé de vastes avenues parallèles au front de mer (notamment la voie antique Egnatia, qu’il élargit), entrecoupées de perpendiculaires ouvrant sur la baie, et de diagonales reliant notamment des bâtiments emblématiques. Il a toujours à l’esprit la qualité de vie des habitants, en prévoyant des espaces publics, de larges trottoirs avec des arbres, des parcs (comme celui près de la Tour blanche), la mise en valeur du riche patrimoine archéologique et architectural de la ville⁴, ou la construction de bâtiments au style néo-byzantin pour valoriser l’histoire locale.
Même si tout ce qu’il avait imaginé n’a pas pu être réalisé⁵, le legs d’Hébrard est considérable. On peut s’en rendre compte par exemple lorsque l’on flâne sur la majestueuse place Aristote, extrémité de l’axe central du plan d’Hébrard qui offre une vue superbe sur la baie et le mont Olympe.

C’est à l’autre bout de cet axe, aux abords de la Ville haute, que le Conseil municipal a prévu de dédier une place à Ernest Hébrard, pour honorer l’architecte dont la reconnaissance internationale n’est pas encore à la hauteur de celle qu’il mérite. Il achèvera encore de nombreux projets après Thessalonique : il sera appelé en Indochine pour y concevoir notamment les plans de Hanoi et de Dalat (actuel Vietnam), puis sera de nouveau invité en Grèce par le gouvernement Venizelos, de 1928 à 1932, pour travailler, inter alia, sur le plan d’Athènes et la construction d’établissements scolaires dans l’ensemble du pays.

Une vie très dense avant de s’éteindre en France, un an plus tard, en 1933, a priori des suites d’une maladie contractée en Indochine.

¹ Voir Chronique du Jeudi n° 2
² Voir Chronique du Jeudi n° 9
³ Voir Chronique du Jeudi n° 12
⁴ incluant les périodes antiques grecque et romaine, byzantine et ottomane.
⁵ en raison de nombreux facteurs, notamment la situation qui a suivi en Grèce, les tensions sur l’immobilier et la course à la construction des années 1950 à 1970.

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dernière modification le 24/06/2021

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