Florence Parly - 200 ans de la révolution, 200 ans d’amitié

"En tant que ministre des Armées, c’est une fierté de constater que la France s’est toujours tenue aux côtés de la Grèce dans les moments les plus importants de son existence."

Florence PARLY, ministre des Armées
Florence Parly représente la France aux cérémonies du bicentenaire (24-25 mars 2021)
Florence Parly représente la France aux cérémonies du bicentenaire (24-25 mars 2021)

Le bicentenaire de la proclamation d’indépendance de la Grèce célébré cette année marque aussi deux siècles d’amitié franco-grecque. Une amitié profonde, riche, qui s’est d’abord nouée sur les champs de bataille de la liberté, ceux de la Révolution grecque ainsi que ceux de la Première Guerre mondiale. Les cimetières militaires d’Athènes, de Thessalonique, ou de Corfou nous rappellent que 500.000 Français ont combattu sur le sol grec pendant trois longues années.
En tant que ministre des Armées, c’est une fierté de constater que la France s’est toujours tenue aux côtés de la Grèce dans les moments les plus importants de son existence. Au-delà des nombreux volontaires philhellènes qui affluèrent pour prendre part à la guerre d’indépendance, la France n’est-elle pas l’une des trois puissances garantes qui, le 20 octobre 1827, la rendirent possible en détruisant la flotte ottomane dans la baie de Navarin ? N’est-ce pas encore la France qui, à la suite de cette bataille mémorable, et sous la conduite du général Maison, aida les autorités grecques à pacifier le Péloponnèse et à l’intégrer dans le jeune Etat ? Alors que cette expédition de Morée déplora en l’espace de cinq ans le décès de 1 500 militaires, nous sommes fiers de l’accomplissement de cet objectif pour lequel nous avons consenti un lourd tribut.

Cette histoire partagée a largement contribué à la solidité et à la vitalité de notre relation, que les épreuves traversées par la Grèce à la suite de la crise financière de 2008 n’ont pas entamées. Au contraire, nos deux pays en sont ressortis grandis et confortés dans leurs choix de bâtir une relation bilatérale privilégiée, pilier d’une Europe solidaire.
C’est une force immense de pouvoir compter l’un sur l’autre alors que le monde autour de nous devient de plus en plus incertain et que les défis se multiplient. La crise sanitaire que nous vivons depuis un an a exacerbé les tensions et accentué les divisions au point de fragiliser les acquis de 70 ans de paix mais aussi, plus largement, les fondements de la démocratie qui a vu le jour ici même.
Aujourd’hui plus que jamais, si nous souhaitons pouvoir faire face à la menace terroriste, au risque cyber ou aux tentatives d’affirmation des ambitions de certains pays au détriment de la stabilité régionale, il nous faut être des alliés solidaires, prêts à agir pour la défense de la souveraineté européenne. Avec le soutien de nombreux partenaires et en bonne intelligence avec l’OTAN, c’est la position que nous promouvons activement et concrètement à travers le renforcement de l’autonomie stratégique européenne.

C’est dans cette perspective que s’inscrit le renforcement de notre relation bilatérale de défense. Le 29 janvier 2020, Emmanuel Macron et Kyriakos Mitsotakis annonçaient leur souhait de voir la France et la Grèce conclure un partenariat stratégique dans le domaine de la défense. Un an après, avec la signature à Athènes, le 25 janvier dernier, des contrats portant sur l’acquisition, le soutien et l’armement de 18 Rafale, la Grèce et la France ont démontré que cette intention est devenue une réalité.
Cet effort conséquent fourni par nos deux pays est historique : il est un signe clair envoyé par la Grèce du choix européen qui peut et doit se mettre en place sur notre continent. D’ici l’été 2023, le pays sera équipé de 18 Rafale, aéronefs aux performances unanimement reconnues sur les théâtres où ils interviennent et dotés d’armements qui lui permettront d’effectuer un véritable bond technologique. Au début du mois de février, le passage en Grèce de la mission Skyros, à laquelle quatre de nos Rafale participaient, a d’ailleurs permis à nos partenaires grecs d’observer de près les capacités de cet appareil hors-normes, tout en développant les interactions entre nos armées de l’air. Ces interactions se poursuivront au printemps avec notre participation à l’exercice Iniochos.

Notre coopération ne se limite pas à la composante aérienne. Dans le domaine maritime, elle est aussi extrêmement dense. Je pense aux fréquentes escales de bâtiments français dans les ports grecs, aux escortes fournies par la Grèce à chaque passage du porte-avions français dans ses eaux territoriales, aux exercices multilatéraux en Méditerranée orientale ou encore à nos contributions respectives aux opérations Irini et Agénor. L’offre française récemment transmise pour soutenir la Grèce dans son effort de modernisation de ses capacités constitue un pas supplémentaire en ce sens. Bâtir une Marine à la hauteur des défis du futur est essentiel à la Grèce pour perpétuer son statut de puissance maritime. L’Histoire nous apprend d’ailleurs que la victoire acquise à Navarin en 1827, par des forces en très nette infériorité numérique, est le fruit de la supériorité technologique affichée durant la bataille.

Ces efforts de coopération industrielle ont une finalité essentielle : agir ensemble. Pour la défense de nos intérêts et pour la sécurité de nos citoyens. En renforçant sa présence en Méditerranée orientale, la France entend contribuer aux efforts collectifs de stabilisation d’un espace clé pour la sécurité du continent européen, situé au carrefour de nombreuses crises et soumis ces dernières années à des tensions croissantes. Au Sahel, l’engagement et la solidarité dont les Européens font actuellement preuve est exemplaire. Ils témoignent d’une véritable prise de conscience des défis posés par le terrorisme dans cette région qui nous concerne tous. La décision de la Grèce d’y participer activement en rejoignant prochainement la Task Force Takuba est un geste de solidarité européenne que je tiens à saluer. Je le vois comme une pierre supplémentaire, et de taille, ajoutée à l’édifice des relations bicentenaires entre les armées de nos deux pays.

Retrouvez l’article original en ligne : «Μια φιλία βαθιά και πλούσια»
Florence PARLY, ministre des Armées
Florence Parly représente la France aux cérémonies du bicentenaire (24-25 mars 2021)
Florence Parly représente la France aux cérémonies du bicentenaire (24-25 mars 2021)

dernière modification le 19/04/2021

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