Hommage à Ilias Lalaounis [el]

Discours prononcé par Jean Loup Kuhn-Delforge, ambassadeur de France en Grèce, à l’occasion de la cérémonie à la mémoire de M. Ilias Lalaounis (2 février 2014)

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« J’ai l’honneur d’apporter ici l’hommage de la France à Ilias Lalaounis.

Nous sommes réunis ici dans le souvenir respectueux d’Ilias Lalaounis, joaillier à la renommée internationale qui éleva son activité au rang d’art véritable, par la richesse et la diversité extraordinaire de son œuvre.

Remontant à la source ancestrale, dans ses premières créations inspirées de l’ère néolithique et mycénienne, puis classique, il l’a enrichie de mille influences fécondes.

9 civilisations déclinées en 22 collections et tant d’autres oeuvres : sa puissance créatrice s’appuyait sur une perception aussi large que visionnaire. Histoire, géographie, philosophie, science, chaque parcelle du monde entrait dans les créations de sa personnalité hors du commun, faite d’ouverture aux autres êtres, aux autres peuples, aux autres formes artistiques, célébrant la beauté de la nature et de l’univers entier. En cela, il est profondément grec ; présent dans le monde entier, il est même un apôtre de la grécité, ciselant l’or comme Kavafi les mots.

Décrivant lui-même son épée d’Académicien, il s’arrête particulièrement sur un détail : « La spirale, symbole de mysticisme et d’éternité, nous la trouvons dans l’histoire de l’art dès les temps les plus reculés, à l’époque cycladique, et encore dans les arts contemporains. Nous la voyons dans l’espace, dans ses galaxies ; dans la mer, dans des coquilles ; dans la nature, dans la germination et les fleurs ». Peut-on mieux décrire l’universalité de cet homme rare, qui en février 1986 prononça une conférence au titre éloquent « des racines communes de l’homme créateur » ?

« Le passé ne quitte jamais le présent, le passé n’est jamais tout à fait passé » a dit Fernand Braudel.

Non, le passé d’Ilias Lalaounis ne sera jamais tout à fait passé : si le Musée qui porte son nom va conserver pour les générations à venir les traces bien concrètes de son passage terrestre, si ses parures merveilleuses feront toujours notre admiration, son œuvre la plus durable peut-être sera dans la perpétuation d’un savoir faire exceptionnel transmis à ses enfants, à tous les artisans de ses ateliers athéniens. L’esprit d’Ilias Lalaounis y veille encore, y veillera longtemps. Homme rare car génie mais aussi profondément humain, être aimant, donc être très aimé, il continuera de vivre dans la mémoire de tous ceux qui ont eu le privilège de le connaître, comme dans l’œuvre qu’il a léguée.

Mon pays concevait une grande admiration pour Ilias Lalaounis, à l’instar d’André Malraux, du Président Pompidou et de bien d’autres. En témoigne le message que m’a transmis M. d’Hauterives, Secrétaire perpétuel de l’Académie des beaux-arts de l’Institut de France :

Début de citation :

« C’est avec une grande tristesse que mes confrères et moi-même avons appris le décès de Ilias Lalaounis. Membre de notre Académie depuis 1990, il était le seul représentant de la Grèce au sein de notre Compagnie depuis le décès de Iannis Xenakis en 2001. Nous pouvons dire que ce membre éminent de notre institution incarnait par excellence l’esprit de notre Compagnie par le dialogue permanent qu’il établissait entre le passé et le présent, dialogue qui sous-tendait l’ensemble de son univers. Au cours de sa longue vie entièrement dédiée à l’art, cet observateur passionné de la nature, de tous les domaines de l’art et de l’activité humaine, fit revivre les civilisations du passé de la manière la plus belle qui soit, en les réinventant à travers des créations uniques. Ilias Lalaounis représentait également une certaine idée de la Grèce comme lieu de rencontre et creuset entre l’Orient et l’Occident. Il avait reçu les plus hautes distinctions de notre pays : chevalier de la Légion d’honneur, commandeur des Palmes académiques et Chevalier de l’Ordre des Arts et Lettres. De même que celui de tous les grands artistes, l’esprit de notre confrère perdure à travers ses créations solaires, mais également sa famille puisqu’il a su transmettre sa passion à ses filles.

Je terminerai ce court hommage en citant cet extrait de son ouvrage Métamorphose qui illustre la conception cosmique de l’orfèvrerie qui animait votre illustre compatriote : « La beauté de la nature et de l’univers, découverte inlassablement par les chercheurs à l’aide de microscopes électroniques et de télescopes, est captée par l’orfèvre. L’orfèvre lie ainsi l’ornement d’une femme à des mémoires historiques plusieurs fois millénaires et à des symboles universels et éternels. »
Fin de citation.

Ας είναι ελαφρύ το χώμα που τον σκεπάζει. »

dernière modification le 06/04/2018

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