Jean-Jacques Lesueur, fondateur du Zoo de l’Attique [el]

Il y a ceux qui aiment la Grèce d’hier. Jean-Jacques Lesueur, lui, aime la Grèce d’aujourd’hui. Et surtout celle de demain. Depuis son arrivée, en 1969, ce Français entreprenant démultiplie ses affaires en s’appuyant sur la même martingale : proposer aux Grecs ce qu’ils ne connaissent pas encore. Après le conseil en recrutement, l’édition pour enfants et la presse pour adultes, Jean-Jacques Lesueur vient de réussir son dernier pari en créant un zoo de stature internationale, bientôt complété par un aquarium de 6.000 m2.

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Jean-Jacques Lesueur

En 1969, certains découvrent la lune. Jean-Jacques Lesueur, lui, débarque à Athènes. Il a 25 ans et il est chargé, pour le compte d’une société britannique, d’y développer le conseil en recrutement. Ca tombe bien, la chose n’existe pas encore sur le marché local. C’est l’époque du décollage économique, avec l’arrivée de grandes sociétés internationales en mal de cadres. Pour Jean-Jacques Lesueur, les affaires tournent. Elles tournent si bien que le jeune Français lance sa propre société en 1971. « Jusqu’en 1989, date où j’ai revendu cette société, nous avons pourvu 923 postes. Et j’ai gagné beaucoup d’argent ».
Mais il faut croire que l’argent ne fait pas le bonheur des créateurs. En 1975, Jean-Jacques Lesueur se lance sur un nouveau créneau : l’édition pour enfants. « A l’époque en Grèce, il n’y avait que des éditions classiques un peu tristes, et aucun de ces jolis livres en trois dimensions qui se faisaient une belle place à l’étranger » se souvient-il. Ainsi fut créé « Turtle Publications » à Athènes. Du dictionnaire pour enfants aux livres « pop up » à manipuler, c’est un succès. La société lance bientôt des librairies pour enfants en Grèce, mais aussi aux Etats-Unis, à New-York et à Boston.

Les charmes de Zoë

Pourquoi s’arrêter en si bon chemin ? En Grèce alors, l’édition offre d’autres terrains de conquête. Car le lectorat visé n’est pas encore averti... « Les magazines de charme n’existaient pas. La société grecque était vraiment loin de tout cela » sourit Jean-Jacques Lesueur. Voilà une bonne raison pour prendre l’avion, afin de convaincre l’éditeur américain de Playboy d’accorder sa licence. « Il a dit OK. Et je dois dire qu’on s’est bien amusés ».
Les Grecs, eux, se sont offusqués. Avant de s’habituer. Puis de céder aux charmes de Zoë Laskaris, première célébrité locale à oser dévoiler toute sa personnalité sur papier glacé. « Ce jour-là, les ventes ont décollé. Et elles n’ont plus cessé de grimper ».
Après Playboy, Jean-Jacques Lesueur obtient la licence du magazine Elle, puis celles de Max, Avantage, KAI... Le patron français constitue progressivement un véritable groupe de presse, doté de 350 employés et d’une imprimerie. En 93, l’ensemble est vendu au groupe Hachette-Rizzoli. Jean-Jacques Lesueur se lance alors dans une nouvelle affaire, une imprimerie reprise auprès de l’Etat dont les coûts fixes s’avèrent bientôt difficiles à gérer. En 97, l’entreprise dépose le bilan. S’ensuivent de longues années de procédures et d’embrouillaminis administratifs. A 57 ans, Jean-Jacques Lesueur sort de l’épreuve avec une certitude : « Désormais, je voulais faire ce que j’avais profondément envie de faire ».

Le public apprivoisé

Or depuis toujours, Jean-Jacques Lesueur nourrit une passion pour les animaux. Les vacances sont consacrées aux safaris dans le monde entier. La propriété familiale abrite un importante collection ornithologique. Une collection comme on n’en trouve pas ailleurs en Grèce. D’ailleurs, dans la région d’Athènes, en 1998 il n’y a toujours pas de zoo digne de ce nom...
L’idée est là, l’envie aussi. Ne manquent que les fonds. Après avoir visité les zoos du monde entier pour affiner ses plans, Jean-Jacques Lesueur puise dans son carnet d’adresse. Il convainc des sociétés grecques et internationales de sponsoriser l’aventure, rassemblant un million d’euros pour compléter l’investissement de départ. Il faut alors un terrain. Deux fois, Jean-Jacques Lesueur croit dénicher le foncier, et deux fois il bute sur les obstacles administratifs. Mais en Grèce, tout est affaire de patience voire d’obstination. La troisième fois sera la bonne : à Spata, entre Athènes et l’aéroport, le « Zoo de l’Attique » disposera d’une emprise de 25 hectares diponibles. Progressivement, les animaux vont s’approprier l’espace. Et le public sera vite apprivoisé.
Aujourd’hui à Spata, « l’Attica zoological park » s’impose comme un parc zoologique de niveau international. L’établissement est reconnu par le réseau EAZA (European association of zoos and aquariums), qui certifie 282 zoos sur les 1500 recensés en Europe, notamment pour leur contribution à la préservation des espèces menacées. Pas un lion ni une girafe ne manque au bestiaire de Spata. L’entreprise compte aujourd’hui quarante salariés, qui entretiennent scrupuleusement leurs pensionnaires et les espaces paysagers. Les Athéniens ne s’y trompent pas : de 40.000 personnes en l’an 2000, l’affluence a grimpé jusqu’à 240.000 personnes cette année. Ce qui fait encore de la marge, au regard des trois millions d’habitants de la région. « Dès la deuxième année, nous étions bénéficiaires » se réjouit le fondateur.

Un aquarium géant puis un delphinarium

Et Jean-Jacques Lesueur ne compte pas s’arrêter là. S’il n’existait pas de zoo en Grèce, d’aquarium géant il n’y a toujours pas. Ainsi naîtra bientôt, juste en face du zoo, un « Okeanopolis » de 7 Meuros et 6.000 m2. Avec le concours de sociétés françaises spécialisées dans l’aquariologie, Jean-Jacques Lesueur offrira aux visiteurs les dernières prouesses technologiques, tunnel sous-marin et bassins géants compris. Le permis de construire est déjà déposé, l’ouverture programmée début 2007. Quant à la suite, elle est déjà prévue, sous la forme d’un « delphinarium » jouxtant le zoo et l’aquarium. Déjà esquissés, les plans sont étalés sur le bureau de Jean-Jacques Lesueur, entre un album ornithologique et la boîte en carton deVicky, le bébé loutre qui attend bruyamment son biberon.

(Encadré)

Se lancer en Grèce : les trois conseils de Jean-Jacques Lesueur

1er conseil : Etre flexible.
« Il ne faut pas s’attendre à trouver des chemins balisés comme aux Etats-Unis. Donc il est impératif de s’adapter et d’apprendre à affronter la bureaucratie, même si la Grèce est très européanisée ».

2e conseil : Jouer l’immersion.
« Il ne faut pas rester entre français, et avant toute chose faire l’effort d’apprendre la langue. C’est un élément essentiel pour se mélanger à la communauté grecque. Les Grecs sont hospitaliers. Il faut rentrer dans le jeu des contacts et bénéficier de la francophilie qui anime nombre de personnes ».

3e conseil : Se montrer patient.
« En Grèce, il faut savoir attendre et ne pas se décourager, surtout avec les services publics. Il est important, aussi, de s’appuyer sur un bureau d’avocats qualifié ».

dernière modification le 02/01/2010

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