KATHIMERINI : "Patrick Maisonnave, nos amis grecs soutiennent nos priorités" [el]

PFUE : Le quotidien grec, KATHIMERINI, publie une tribune signée par l’ambassadeur de France en Grèce, Patrick Maisonnave, à l’occasion du lancement de la présidence française du Conseil de l’Union européenne (16/1/2022)

KATHIMERINI : "Patrick Maisonnave, nos amis grecs soutiennent nos priorités" (16/1/2022)

J’ai souhaité, une fois par mois, vous donner un aperçu des « progrès » de la « présidence française du Conseil de l’Union européenne » et je remercie très sincèrement Kathimerini de me donner cette possibilité.

On pense parfois, et c’est pourquoi chaque présidence s’y prépare avec ardeur plusieurs mois avant l’échéance, que le déroulement d’une présidence obéit à une sorte de discipline militaire implacable. L’horizon étant très court - 6 mois seulement ! - chacun des ministres et chacune des administrations concernées a défini ses objectifs et son calendrier, programmé les réunions « formelles » et « informelles » des ministres, préparé les décisions qui, mises bout à bout, constitueront le fameux « programme » de la présidence que, pour sa part, la France a choisi d’intituler « Relance, Puissance, Appartenance ».

Hélas, le bel ordonnancement d’une présidence est bien souvent perturbé par « l’actualité du quotidien », celle dont le philosophe Jürgen Habermas écrivait justement qu’elle « nous accable, au point de ne plus nous laisser le choix de ce dont nous devons parler ». Un exemple ? Lors de la présidence française de 2008, la présidence française avait été confrontée au “non” des Irlandais lors d’un référendum organisé pour ratifier le traité de Lisbonne ; au moins d’août, la guerre éclatait en Géorgie ; à l’automne, l’Union subissait de plein fouet la crise financière, dans la foulée de la faillite de la banque Lehmann Brothers… Et que dire de la présidence croate, début 2020, et des présidences suivantes, confrontées au séisme de la pandémie du covid ?

Tels sont enjeux et incertitudes auxquels les présidences de l’UE doit faire face. L’horizon de l’action politique et diplomatique est de plus en plus court. Les crises de toute nature semblent se succéder à un rythme effréné. Mais les défis auxquels nous, Européens, devons faire face se multiplient également et sont devenus existentiels, qu’il s’agisse du changement climatique, des pandémies, de la révolution du numérique, des migrations ou encore de la dégradation de notre environnement politique régional et des tentatives de déstabilisation de nos démocraties. Et c’est précisément la raison pour laquelle la France porte, avec d’autres, Grèce en tête, le projet d’une « Europe puissance », qui soit pleinement souveraine, libre de ses choix et ne subisse pas la loi des autres puissances. En matière économique, cette ambition implique de redéfinir ensemble notre modèle européen, pour créer de la richesse, des emplois, défendre notre modèle social et refléter notre ambition climatique. En matière de défense également nous devons reprendre en main notre destin. La première étape, essentielle, sera que tous les chefs d’Etat et de gouvernement en Europe s’accordent sur la nature et l’importance des menaces qui pèsent et continueront de peser sur nous dans les années à venir. La Présidence française marquera également une étape essentielle pour rebâtir l’Europe, puisqu’elle aura pour tâche de récolter les premiers fruits des débats organisés dans le cadre de la Conférence sur l’avenir de l’Europe qui, en Grèce et dans tous les Etats membres, ont donné la parole aux citoyens européens pour promouvoir l’Europe de demain.

Sur ce sujet, comme sur les autres « priorités » de la présidence française, nous voulons bien entendu avancer ensemble. La France, comme les présidences qui l’ont précédée et qui lui succèderont, veut être à l’écoute et rassembler. L’Union européenne - et c’est bien cela la force de son modèle politique - est une fabrique du consensus. On peut déplorer ses lenteurs, ses tensions ou les antagonismes entre ses Etats membres sur des questions essentielles. On peut regretter que la recherche du consensus se fasse parfois au détriment de la réactivité et de l’efficacité. Mais rendons aussi justice à cette Europe qui nous donne la paix, l’euro et la stabilité financière, qui a su se coordonner efficacement contre la pandémie et nous donner les vaccins nécessaires, et qui, avec le Fonds de relance européen, porte la marque d’une véritable solidarité européenne et nous permet de traverser la crise économique et d’engager des dépenses pour l’avenir.

Donc, oui, malgré les incertitudes du monde et parfois les lenteurs de la décision européenne, la présidence française s’efforcera d’aboutir à des décisions utiles. Quelques exemples ? La réforme des règles de l’espace Schengen, parce que la maîtrise des frontières est la condition de notre sécurité et qu’elle est indispensable pour relever le défi migratoire. La lutte contre le changement climatique, et notamment la création d’un mécanisme de taxe carbone à nos frontières afin de garantir à nos producteurs des conditions de concurrence équitables. L’ambition d’une Europe qui doit devenir à son tour une puissance du numérique, et mobiliser à cette fin les financements nécessaires parce que ce secteur comprend les gisements de croissance et d’emploi de demain. Les directives sur le salaire minimum, pour augmenter les rémunérations les plus basses en Europe, et sur l’égalité entre les femmes et les hommes…

Je reviendrai volontiers dans mes prochaines chroniques sur les progrès dans ces différents domaines. En attendant, et malgré la situation sanitaire qui nous oblige à toujours plus de vigilance, je souhaite une belle et heureuse année à tous… et à notre Europe !

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Retrouvez l’article original en ligne sur le site de KATHIMERINI :}

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dernière modification le 27/06/2022

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