L’influence française sur l’architecture de Thessalonique (N°19, 30 septembre 2021) [el]

Les "Chroniques du Jeudi" Qu’est-ce que c’est ?

Les Chroniques du Jeudi de LA FRANCE À THESSALONIQUE, lancées par le Consulat général du France et l’Institut français de Thessalonique en novembre 2020, sont publiées le dernier jeudi de chaque mois.

Consacrées à des événements clés, elles proposent un voyage à travers l’histoire extraordinairement riche des liens qui unissent la France avec Thessalonique et la Grèce du Nord. Nos lecteurs, habitants de la circonscription du consulat (Macédoine centrale, occidentale et orientale, Épire, Thrace et Thessalie) ou simples curieux, peuvent y (re)découvrir les origines et les temps forts de la présence française et de ses institutions à Thessalonique, les traditions que nous partageons, et les évènements majeurs de la vie culturelle franco-hellénique contemporaine dans la région.

N’hésitez pas à partager ces chroniques avec tous ceux qui aiment la Grèce et la France, pour faire connaître l’histoire franco-grecque et renforcer la communauté d’idées entre nos deux pays.

Nous nous retrouvons aujourd’hui pour cette chronique de rentrée consacrée à l’influence française sur l’architecture de Thessalonique.

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Commençons notre voyage dans la ville par la place Aristote, l’un des legs d’Ernest Hébrard. Le célèbre architecte et urbaniste français, que nous avons déjà croisé dans nos précédentes chroniques, élabore un nouveau plan pour Thessalonique, après le grand incendie de 1917 qui ravage la ville et efface son passé ottoman. Il propose un traitement innovant des bâtiments historiques, mettant en valeur les monuments byzantins épargnés par les flammes, entourant les sites archéologiques d’artères piétonnières, et introduisant un style néo-byzantin dans les ouvrages qu’il dessine. Les arcades de la place Aristote sont les plus célèbres des édifices bâtis dans cette veine architecturale.

Le style néo-byzantin n’est d’ailleurs pas l’apanage d’Hébrard : dans l’entre-deux-guerres, d’autres architectes français ou formés en France contribuent à son éclosion dans la ville, ainsi qu’à son hybridation avec d’autres tendances de l’architecture contemporaine. Ceci aboutit à l’« éclectisme »¹ caractéristique des bâtiments saloniciens, résultat du cosmopolitisme et de la variété des goûts de leurs commanditaires.

Rappelons ainsi le rôle majeur joué par Joseph Pleyber, l’ingénieur français qui seconde Hébrard pour la reconstruction de la ville, puis continue son œuvre à Thessalonique après le départ des troupes de l’armée d’Orient en 1918. Il reçoit des commandes d’ampleur, qu’il réalise tantôt seul, tantôt en collaboration avec l’ingénieur salonicien formé à Paris, Élie Hassid Fernandez. L’hôtel Excelsior, l’hôtel Tourist et de nombreux immeubles de bureaux et grands magasins de la rue Vénizélou portent ainsi sa signature.

Une autre personnalité incontournable, Marinos Delladatsimas, architecte grec diplômé de l’École spéciale d’architecture de Paris, durablement marqué par la pensée française, signe l’impressionnant immeuble de XANΘ/YMCA, ainsi que l’hôtel Méditerranée, célèbre pour son style néo mauresque et sa vue sur mer.

Par la suite, dans les années 1930, ce sont justement ses anciens camarades de l’École spéciale (A. Zachariadis, J. Dimitriadis et S. Poselli) qui impulsent un modernisme modéré dans leurs constructions, prenant leurs distances avec les héritages académiques de l’École des Beaux-Arts et les plans d’Hébrard, comme avec la tendance Art Déco.

Remontons brièvement le temps en direction des avenues Vassilissis Olgas et Vassilissis Georgiou — nom contemporain des grands axes qui composaient autrefois le quartier dit « des Campagnes »². Le terme désignait la partie est de la ville, à l’extérieur des remparts qui s’étendaient alors jusqu’à la Tour blanche : elle abritait des terres arables, à l’écart du centre, qui furent urbanisées et habitées au cours des années 1880-1890. La grande bourgeoisie de l’époque s’y établit progressivement : là, ce n’est plus l’identité confessionnelle ou nationale qui dicte son implantation spatiale, mais le statut socio-économique, ainsi que la quête simultanée d’un environnement sain et d’un certain prestige.

Pour construire ces résidences, les familles font appel à des architectes de renom, souvent formés à l’étranger, en Italie, en Allemagne, ou en France. L’on doit ainsi à l’ingénieur juif de nationalité italienne Élie Modiano la résidence Modiano, élaborée en 1906 par cet ancien élève de l’École centrale des arts et manufactures de Paris. Depuis 1970, cette villa du 68, avenue Vassilissis Olgas abrite, derrière son élégante façade jaune, le Musée folklorique et ethnologique de Macédoine-Thrace.

Aujourd’hui, bien que les manoirs, restaurés ou abandonnés, continuent d’attirer l’œil des passants, il ne reste de l’ancien quartier qu’une image fragmentaire puisque, sur la centaine d’hôtels particuliers qu’il comptait, seule une vingtaine subsiste avenue Vassilissis Olgas : il a souffert de la disparition des habitants musulmans, puis juifs, et finalement de la mutation urbaine des années 1960.

La Thessalonique contemporaine n’en reste pas moins influencée par la pensée architecturale française  : de nombreux architectes, actifs de nos jours, ont été formés en France, et c’est un cabinet franco-grec qui a réalisé la Nea Paralia, vaste promenade du front de mer achevée en 2013 et devenue un repère majeur dans la ville, tant pour ses habitants que pour ses visiteurs.

¹ Tendance qui consiste à mêler des éléments empruntés à différents styles ou époques de l’histoire de l’art et de l’architecture, très en vogue entre les années 1860 et la fin des années 1920.

² En grec Εξοχών, aussi appelé Hamidiye sous l’empire ottoman, en l’honneur du sultan Abdul Hamid II.

En ce 30 septembre¹, Journée mondiale de la traduction, nous rendons hommage aux interprètes, traducteurs et traductrices qui contribuent, par leur travail multilingue, au maintien d’un dialogue culturel et politique riche à travers le monde. Nous remercions tout particulièrement Marianthie Paschou et Katerina Spiropoulou, de l’Institut français de Thessalonique, ainsi que Titika Dimitrioulia, de l’Université Aristote, à qui nous devons les traductions et relectures en grec de chacune de nos Chroniques du Jeudi.

¹ Le 30 septembre marque le décès de Saint-Jérôme, traducteur de la Bible, et par conséquent saint patron des traducteurs.

Retrouvez les Chroniques du Jeudi sur nos sites :

- Consulat général

- Institut français

- Ecole française

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dernière modification le 10/01/2022

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