LE GRAND CONTINENT : une conversation avec le Président français [el]

Le Président de la République, Emmanuel Macron, a donné une interview à la revue le Grand Continent le jeudi 12 novembre 2020 dernier.

Cet entretien a été l’occasion pour le Président de la République d’exposer sa doctrine géopolitique, sa vision des affaires mondiales dans la séquence que nous traversons mais aussi les pistes de leur nécessaire évolution dans un monde POST-COVID. Cet échange s’inscrit dans le prolongement de ses récents positionnements, de son discours aux Nations-Unies du 22 septembre 2020 mais aussi de son intervention dans le cadre du Forum de Paris pour la paix le jeudi 12 novembre 2020.

Interview du Président - Extrait

Vous parlez de changer les habitudes, mais cette position est suspendue dans le pas encore. Quels sont les points de blocage ? Qu’est-ce qui fait que cette vision tarde malgré tout à s’incarner ?

Je n’en suis pas si sûr. Quand j’ai inauguré cette idée lors du discours de La Sorbonne, beaucoup ont dit : il n’y arrivera pas, c’est une lubie française. À peine plus de trois ans plus tard, sur l’Europe de la défense, nous avons un Fonds européen de défense, une coopération structurée et une initiative d’intervention où il y a près de dix pays. Sur la technologie, les choses évoluent depuis que nous avons lancé l’idée de la 5G européenne, et l’Allemagne est en train de nous rejoindre sur ce sujet qui lui était moins naturel car elle était aussi en avance. Nous sommes donc réellement en train de repenser notre souveraineté sur le plan technologique. La crise sanitaire nous a fait repenser notre souveraineté sur le plan sanitaire et de l’industrie de la santé. Elle a été un révélateur de nos dépendances. Quand toute l’Europe supplie pour avoir des gants ou des masques, on comprend tous qu’on a besoin de produire à nouveau sur notre sol des gants et des masques. C’est à cela que le Plan de relance sert.

Sur les sujets financiers, cela a pris du temps, mais en juin 2018 nous avons signé l’accord de Meseberg avec l’Allemagne sur une capacité commune sur le plan budgétaire pour traiter des sujets d’autonomie économique et financière de l’Europe. Cela a débouché sur un accord imparfait au niveau européen et, à cause de la crise du Covid-19, nous avons signé l’accord franco-allemand de mai 2020, qui permet d’élargir les choses sur proposition de la Commission et a ouvert la voie à l’accord historique de juillet, opposant une réponse budgétaire à la crise en un temps record, mais qui pose aussi les ferments d’une construction budgétaire de l’Europe. Il ne faut pas sous-estimer cet apport. Pour la première fois, nous décidons de nous endetter ensemble, pour dépenser ensemble de manière hétérogène dans les régions et les secteurs qui en auront le plus besoin. C’est-à-dire, d’avoir une Union de transferts, reposant sur une signature commune, et un endettement commun. Et donc c’est véritablement un point clé pour bâtir cette souveraineté de l’euro et en faire une vraie monnaie qui ne dépend pas, ou qui dépendra beaucoup moins des autres, et créer en notre sein une souveraineté budgétaire. Donc on a avancé sur tout cela. Il y a encore beaucoup de chemin qui reste à faire, sur les choix géopolitiques – on voit nos différences sur la Russie ou la Turquie –, sur la force de ces réponses, mais je considère que le réveil est là.
Je suis en désaccord profond avec la tribune parue dans Politico signée par la ministre de la Défense allemande. Je pense que c’est un contresens de l’histoire. Heureusement, la chancelière n’est pas sur cette ligne si j’ai bien compris les choses. La question, si on est direct, qui est posée, est la suivante : est-ce que le changement d’administration américaine va créer un relâchement chez les Européens ? Mais les États-Unis ne nous respecteront en tant qu’alliés que si nous sommes sérieux avec nous-mêmes, et si nous sommes souverains avec notre propre défense. Je pense donc qu’au contraire, le changement d’administration américaine est une opportunité de continuer de manière totalement pacifiée, tranquille, ce que des alliés entre eux doivent comprendre : nous avons besoin de continuer à bâtir notre autonomie pour nous-mêmes, comme les États-Unis le font pour eux, comme la Chine le fait pour elle. (...)

Lire l’intégralité de l’interview disponible en ligne sur le site du « Grand Continent », accessible dans 6 langues :

Le Grand Continent est une revue de référence pour le débat stratégique, politique et intellectuel à l’échelle continentale fondée en 2019. Revue multiscalaire, interdisciplinaire et plurilingue, elle est portée par une nouvelle génération dont l’objectif est de construire une plateforme d’échanges de haut niveau dans les principales aires linguistiques du débat européen. Elle est éditée par le Groupe d’Etudes Géopolitique, une association indépendante domiciliée à l’Ecole Normale Supérieure à Paris.

- Site de la revue : https://legrandcontinent.eu
- Twitter : https://twitter.com/Grand_Continent

dernière modification le 17/11/2020

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