« La Grèce dans le monde » : Intervention de l’ambassadeur à la table ronde de Naftemboriki [el]

Jean Loup Kuhn-Delforge, ambassadeur de France en Grèce, a participé, à l’invitation du journal économique « Naftemboriki », à une table ronde animée par le journaliste Antonis Papagiannidis. Etaient également présents ses homologues allemand, israélien, néerlandais et norvégien.

La rencontre était organisée dans les bureaux du journal. Les ambassadeurs en poste à Athènes ont répondu aux différentes questions posées sur la situation de la Grèce aujourd’hui et sur les relations bilatérales respectives, en présence des éditrices, Mmes Irini Athanassiadi, Marietta Athanassiadi, Aggela Athanassiadi-Kontogouri et du directeur de l’édition M. Nikos Frantzis.

Cette édition a été publiée le 4 décembre 2013.

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Intervention de Jean Loup Kuhn-Delforge, ambassadeur de France en Grèce, lors de la table ronde organisée par Naftemboriki

« La France ne s’éloignera pas de la Grèce »

Je me tourne maintenant vers la France et je poserai à nouveau une double question : pour la France, la Grèce appartient-elle au « noyau » de l’Europe ?

« Bien sûr, la Grèce appartient au noyau de l’Europe. Non seulement parce qu’elle est un partenaire de longue date – plus de 30 ans déjà- mais parce qu’elle participe aussi à diverses structures et coopérations comme la zone euro, l’espace Schengen etc. De plus, pour la France la Grèce est un partenaire politique important en raison de sa position géopolitique, mais aussi en raison des liens traditionnels noués avec la Grèce. Depuis environ deux siècles, les deux pays n’ont jamais cessé d’être proches. Comme vous le savez, la France a, avec d’autres partenaires, joué un rôle décisif dans l’adhésion de la Grèce à la CEE, puis à la zone euro. Et elle a beaucoup oeuvré également pour le maintien de l’intégrité de la zone euro. »

La Grèce a toujours des attentes particulières vis-à-vis de la France- vous avez sans doute déjà entendu le slogan Grèce –France Alliance ! Cependant, nous avons aussi vécu l’expérience de voir des grandes entreprises, des banques ou des grandes chaînes françaises quitter la Grèce pendant les années de la crise…

« En ce qui concerne l’économie, cette proximité entre la France et la Grèce est bien réelle. Certes, les trois banques françaises et Carrefour ont quitté le pays mais surtout pour des raisons de stratégie interne, la crise en Grèce ayant évidemment également durant cette période a pesé sur leurs décisions. Il s’agit d’ailleurs de retrait, non seulement de la Grèce, mais d’autres pays également. S’agissant des autres entreprises en tous cas, vous le savez, la France est traditionnellement l’un des partenaires fondamentaux de la Grèce, l’un des tout premiers investisseurs. Les entreprises françaises, malgré la crise, sont restées dans le pays, en attendant des jours meilleurs. »

Avez-vous des exemples ?

« Je vois plusieurs entreprises signer de nouveaux contrats dans le domaine des transports ou de l’électronique, et participer à des appels d’offre importants. Les entreprises françaises voient donc un intérêt à rester en Grèce. J’ai en tête plusieurs exemples d’entreprises dont la filiale en Grèce se situe ait dans les premiers rangs de l’entreprise dans le au monde. Les entreprises françaises sont ici, dans la plupart des secteurs, et croient aux possibilités de l’économie grecque. Mais, là aussi, il est très important de ne pas baser tous les espoirs de reprise sur les investissements étrangers, comme s’il s’agissait d’un deus ex machina extérieur. Il faut qu’on travaille ensemble- et là-dessus nous offrons avec d’autres partenaires de l’UE de l’assistance technique- afin de mettre en place en Grèce un meilleur environnement des affaires, au bénéfice avant tout des entreprises grecques elles-mêmes ».

« Est-ce qu’il existe un ‘Front du Sud’ ? »

« Je reviens à l’aspect politique des choses : vous avez sans doute entendu que des attentes ont été cultivées en Grèce pour la mise en place d’un ‘Front du Sud’ de l’Europe – dans lequel on tend à y inclure la France. La France a-t-elle envie d’y participer ? Ou bien préfère-t-elle participer au groupe du Nord en vue des négociations pour l’avenir de l’Europe ? »

« A mon avis personnel, la France appartient aux deux influences, aux deux cercles et est en situation de comprendre les deux approches. »

Est-ce possible ?

« C’est possible ! Mais j’estime que c’est nier l’esprit même de l’UE que de parler de « camps » –du sud, du nord, de l’est, méditerranéen etc. Néanmoins, nous partageons certainement avec d’autres pays méditerranéens des intérêts communs, des liens une proximité d’appréhender les choses. Ainsi, en matière de politique étrangère et européenne, comme du point de vue économique, nous avons des approches communes avec la Grèce. Nous nous sentons très proches des priorités de la politique maritime de la Grèce. »

« L’évolution des privatisations »


Les Français aussi s’étaient dans le temps intéressés aux privatisations. En outre, la France s’est beaucoup engagée, dans le cadre de l’aide technique de la task force, dans les réformes, l’adaptation du secteur public. Combien cette expérience a-t-elle été positive ? – je suppose que quelques échos vous sont parvenus …

« J’aimerais d’abord faire un commentaire sur les privatisations. D’abord pour dire que probablement, les attentes et les estimations initiales des bénéfices attendus étaient quelque peu exagérées et irréalistes. Ensuite pour souligner que les stratégies européennes jouent elles aussi leurs rôles dans les privatisations en Grèce, par exemple les politiques européennes de l’énergie ou du ferroviaire »

Certainement ! Nous l’avons vu d’ailleurs avec la privatisation du gaz naturel, de la DEPA. En fait, c’est Bruxelles qui l’a arrêtée…

« Les privatisations ne sont pas non plus indépendantes de l’environnement des affaires. Les réformes en Grèce sont absolument indispensables afin de créer un climat de confiance et de crédibilité propice aux affaires. Pour aider la croissance en Grèce il faut certes de la liquidité – nos gouvernements, allemand et français, et d’autres aussi travaillent pour cela- mais il faut aussi un climat de confiance. La Grèce gagne ainsi en crédibilité. »

Assez rapidement selon vous ?

« Rapidement. En raison de la consolidation budgétaire, en premier lieu. Mais cette consolidation budgétaire n’est pas tout. Elle peut être réversible, à la différence des réformes de fond… »

Laissent espérer…

« … Nous avons besoin de réformes de fond, structurelles. C’est pour cela que, nous Européens tous qui sommes autour de la table, nous avons répondu positivement à la demande grecque en matière d’assistance technique. En ce qui concerne la France, nous opérons principalement dans deux secteurs : la réforme administrative et la réforme du système fiscal. »

La France a été choisie pour couvrir le projet de la réforme administrative. Combien cette expérience a été positive ?

« Il s’agit d’un secteur complexe, vu l’ampleur de la tâche. La difficulté dans cette réforme est d’éviter qu’elle ne soit confondue avec des suppressions d’effectifs dans la fonction publique pour des raisons de consolidation budgétaires. Le plus important est qu’il y ait en Grèce une administration publique efficace, des agents compétents, des structures rationnelles, des services publics davantage au service du citoyen. Il peut y avoir éventuellement un lien entre cela et avec l’effectif des agents publics, mais pas nécessairement. Ce qui est plus important, ce sont les changements dans les structures, dans les procédures, dans l’esprit de service public, dans l’évaluation des fonctionnaires. Mais il serait absolument erroné et , absolument contre-productif d’assimiler la réforme du secteur public à des licenciements ou à des coupes dans le du secteur public. »

« La recherche de liquidité et le Fonds grec de développement »

La France a-t-elle l’intention d’y participer ?

« Nous voyons bien toute l’importance de cette initiative du gouvernement grec et notre ministre de l’économie et des finances y est attentif. Nous participons au groupe de travail destiné à la mise sur pied du Fonds. »

« Le problème de l’immigration et la libre circulation »

En France l’eurosceptisme est plus lié à un extrémisme politique lié à l’immigration, la peur du monde extérieur…

« Comme vous le savez, la question de l’immigration et de l’intégration est effectivement une question que nous partageons avec d’autres pays européens. Néanmoins, l’euroscepticisme lui-même est certes lié au ressenti, aux craintes de nos concitoyens face à la mondialisation, mais aussi à la perception du rôle de l’Europe dans leur vie quotidienne. Et il y a aussi des interrogations : quelles sont nos valeurs, sont-elles partagées par tous, quel est l’avenir de nos pays ? Mais il n’y a pas de lien direct entre l’immigration et l’Europe. Je ne le crois pas. Plus généralement, notre coopération avec nos partenaires européens est essentielle sur la question de l’immigration qui est une question européenne. Nous comprenons que l’expérience de l’immigration est nouvelle pour la Grèce : c’est pourquoi nous collaborons avec d’autres Etats membres pour renforcer l’efficacité de Schengen. Mais aussi pour maintenir le principe fondamental de la libre circulation en Europe ».

le principe de subsidiarité…

« Il faut utiliser le temps avant les élections européennes pour faire comprendre au citoyen européen que l’UE est en rapport direct et concret à tous ses problèmes, avec sa vie de tous les jours. Les élections européennes auront un apport utile si elles permettent une telle prise de conscience ».


Les ambassadeurs d’Allemagne, S.E.M. Wolfgang Dold, d’Israël, S.E.M. Aryel Mekel, de Norvège, S.E.M. Sjur Larsen, des Pays-Bas, S.E.M. Jan Théophile Versteeg, sont également intervenus lors de la table ronde.
Retrouvez le supplément spécial du journal :

http://www.naftemporiki.gr/finane/story/738141

Lire l’intégralité du supplément de Naftemboriki en ligne :
http://downloads2.naftemporiki.gr.edgesuite.net/misc/h_ellada_ston_kosmo/HTML/index.html
ou télécharger le document en pdf

dernière modification le 06/04/2018

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