Pascal Darcque, chercheur au CNRS

A quelques centaines de mètres du site archéologique de Philippes se trouve un site moins connu, de l’époque préhistorique, Dikili Tash.
Pascal Darcque, chercheur au CNRS, y co-dirige une équipe pluridisciplinaire franco-grecque, qui travaille sur le terrain pendant quelques semaines par an.

Comment êtes-vous arrivé sur le site de Dikili Tash ?

Un peu par hasard, à vrai dire. Au début des années 1980, je travaillais sur un chantier de fouille de l’Ecole française d’Athènes en Crète et j’étais plutôt spécialisé dans l’âge du Bronze de la Grèce du Sud, en particulier l’époque mycénienne. En 1986, on m’a proposé de venir prêter main forte à l’équipe d’archéologues français qui allait reprendre les fouilles de Dikili Tash, en se concentrant sur l’époque néolithique. Cette proposition ne m’a pas vraiment enchanté sur le moment, car elle m’éloignait beaucoup de mon terrain de prédilection, mais j’ai fini par l’accepter ! Aujourd’hui, je ne le regrette aucunement ! Presque tous les ans, depuis 1986, je viens faire une campagne de fouille ou d’étude ici.

En quoi ce site vous a-t-il à ce point conquis ?

L’extraordinaire richesse du gisement scientifique à tous points de vue.
Que l’on s’intéresse aux vestiges d’habitation, aux techniques de construction des maisons, à la fabrication des objets de parure ou à la production de la poterie, il y a ici des choses fascinantes à creuser, dans les deux sens du terme. Les résultats des fouilles et des études apportent toujours des surprises. Nous avons, à Dikili Tash, affaire à des populations qui, dès l’époque néolithique (6000-4000 av. J.-C.), avaient un niveau élevé de maîtrise de l’élevage et de certaines techniques agricoles. Les fouilles des maisons du site le prouvent. Enfin, c’est un site sur lequel se sont superposées plusieurs périodes de peuplement, ce qui en rend son étude particulièrement stimulante. Songeons même que le site est occupé, à son sommet, par une tour médiévale... Il faut souligner aussi que nous bénéficions de conditions de travail exceptionnelles et que nous avons la chance de vivre dans une petite ville, Krinidès, très agréable. Nous travaillons de plus dans une base archéologique rénovée et confortable. Enfin, nos relations avec les autorités locales sont excellentes.

Comment voyez-vous l’avenir de ce site et de vos travaux ?

Nous marquerons sans doute une pause dans notre programme de fouilles à partir de 2014. C’est pourquoi la campagne de cette année est capitale pour nous, car nous souhaitons avancer le plus possible et rassembler un maximum d’informations. Pour la suite, mon rêve serait de pouvoir fouiller les premiers niveaux d’occupation du site. Des carottages effectués récemment nous montrent qu’il existe un potentiel scientifique important dans les couches inférieures du site qui conservent des traces d’habitat remontant au 7e millénaire avant notre ère. Naturellement, il me plairait que ce site soit, à terme, valorisé et que des visiteurs puissent se familiariser avec ce patrimoine.

Au-delà de la passion, qu’est-ce qui guide votre travail à Dikili Tash ?

Avant tout la volonté que ces travaux soient le fruit d’une coopération aussi étendue que possible entre acteurs grecs et français, dans la droite ligne de l’histoire de ces fouilles menées, dès le début, en coopération étroite entre la Société archéologique d’Athènes et l’Ecole française d’Athènes.

site web de Dikili Tash :
www.dikili-tash.fr

dernière modification le 10/10/2014

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