Patrick Maisonnave : "Je suis admiratif de la mobilisation de tous en Grèce" (PROTO THEMA) [el]

Le quotidien grec PROTO THEMA a publié une interview de Patrick Maisonnave, ambassadeur de France en Grèce, sous le titre : « Je suis admiratif de la mobilisation de tous en Grèce ».

Patrick Maisonnave estime que la Grèce aura besoin de beaucoup plus de ressources pour l’économie. Il se dit certain que le paquet de soutien européen se renforcera davantage dans la mesure où les lignes rouges des pays qui s’y opposent vont bouger.

Propos recueillis par Giorgos Ch. Papageorgiou.

Interview de l’ambassadeur : Patrick Maisonnave - « Je suis admiratif de la mobilisation de tous en Grèce »

Q : Après plusieurs semaines de lutte contre le coronavirus, comment qualifieriez-vous la réaction des autorités grecques ?
 
R : Je pense d’abord à ceux qui, en Grèce, en France et partout dans le monde, ont perdu un parent ou un proche, et c’est une tragédie. Mais je veux souligner aussi que le gouvernement grec a fait preuve d’une réactivité tout à fait remarquable, dès l’apparition des premiers cas en Grèce. Connaissant la faiblesse de l’hôpital public en Grèce, après une décennie de rigueur qui l’a soumis à rude épreuve, les autorités ont fait de cette faiblesse une force, en imposant très vite une politique de prévention qui s’est révélée très efficace puisque la Grèce est l’un des pays les moins affectés par le coronavirus aujourd’hui en Europe. Bien sûr, le confinement nous impose des contraintes très lourdes, M. Mitsotakis a eu raison de souligner qu’il ne faut surtout pas relâcher les efforts trop tôt. Enfin, je suis admiratif de la mobilisation de tous : le gouvernement, le personnel de santé, mais aussi toutes les bonnes volontés qui se mobilisent pour les hôpitaux publics. Je vois que partout s’exprime de la solidarité et un vrai esprit de résistance.
 
Q : Quel est votre avis sur les mesures prises en Grèce pour lutter contre les conséquences économiques de la pandémie de coronavirus ?
 
 
R : Cette crise sanitaire, dont il est encore difficile de voir la fin, a et aura encore des conséquences économiques considérables. En assouplissant très tôt les contraintes qui pèsent sur le budget, la Commission européenne a donné des marges de manœuvre au gouvernement grec. Bien entendu, cela ne suffira pas. D’ores et déjà le gouvernement anticipe une forte contraction de l’activité et nul ne sait aujourd’hui dans quelles conditions se déroulera la saison touristique à venir. La Grèce comme tous les autres Etats membres de l’Union européenne aura besoin de ressources supplémentaires. C’est pourquoi les décisions qui ont été prises la semaine dernière par les ministres de l’Economie et des Finances sont essentielles.  
 
Q : Les pays de l’Union européenne semblent affronter cette crise en ordre dispersé et l’Union, elle-même, semble chercher son rôle. Qu’en pensez-vous ?
 
R : Oui, nous avons tous été surpris par la brutalité et par l’ampleur de cette crise. Comme l’a dit le Président Macron, c’est un ébranlement individuel et collectif qui nous invite à sortir des sentiers battus. Bien entendu, Il y a parfois cette tentation du repli, ou de profiter de la crise pour mettre en cause le socle de nos valeurs européennes, l’Etat de droit, la démocratie, les libertés fondamentales. Mais il y aussi de beaux gestes de solidarité face à l’urgence sanitaire : La France elle-même est, tour à tour, solidaire et bénéficiaire de la solidarité des autres. Face aux effets économiques de cette crise, il est légitime d’attendre plus de l’Europe. De bonnes décisions ont été prises par l’Europe.
 
Q : Certains pays s’opposent à la mise en place d’une réponse commune à la crise du coronavirus, avec des eurobonds ou d’autres mesures semblables. La France a défendu l’eurobond comme réponse à la crise du coronavirus. Pourquoi finalement a-t-elle fait marche arrière et accepté l’usage du MES ?
 
R : La solidarité est au cœur des convictions de la France, un esprit que je sais totalement partagé par la Grèce, et qui est à la base des positions que nous défendons au sein de l’UE. Nous défendons une réponse européenne qui repose sur un paquet de mesures complémentaires : hors interventions de la BCE, c’est un plan de près de 550 milliards, immédiatement disponibles, qui a été développé en seulement un mois, c’est sans précédent.
 
La France promeut avec force la création d’un fonds de relance des économiques à l’échelle européenne, qui permettrait peut-être de doubler le montant des mesures déjà décidées. L’important est que nous proposons d’emprunter ensemble pour l’avenir, pas pour le passé. Nous allons continuer à débattre entre Européens car il est urgent de trouver le moyen de relancer toutes les économies de l’UE. Il s’agit de préserver la solidité de notre ensemble européen et la place de l’Europe dans la compétition mondiale notamment face à la Chine et aux Etats-Unis. La crise fait bouger les lignes, les ministres des Finances se sont mis d’accord pour engager la réflexion. Ce travail va dans la bonne direction. Les discussions continuent. La crise sanitaire n’est pas terminée. Son impact économique est encore loin d’être connu, mais il sera immense. Je suis convaincu que les lignes vont encore bouger. 

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Entretien de Patrick Maisonnave, ambassadeur, avec le quotidien grec "Proto Thema" paru dans l’édition du dimanche 19 avril : "Je suis admiratif de la mobilisation de tous en Grèce" PROTO THEMA (PDF - 926.4 ko)

dernière modification le 15/12/2020

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