Patrick Maisonnave, interview pour le quotidien économique NAFTEMPORIKI [el]

Le quotidien économique grec NAFTEMPORIKI a publié samedi 20 juin 2020 une interview de Patrick Maisonnave, ambassadeur de France en Grèce.

Les sociétés françaises continuent à être présentes en Grèce avec un intérêt certain pour les privatisations et les projets du gouvernement grec. L’intérêt des touristes français pour la Grèce ne se dément pas. Le plan de relance post-Covid de l’Union européenne est une aide considérable à l’économie et une occasion unique de changer la philosophie de l’Union européenne.

Propos recueillis par Efi Triiri.

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Interview de l’ambassadeur : Patrick Maisonnave (Naftemporiki - 20 juin 2020)

- Comment fonctionnent les entreprises françaises en Grèce : quel est leur champ d’action et quels sont les secteurs dans lesquels elles investissent ? Quels sont leurs projets en ce moment ?

La présence des entreprises françaises en Grèce est ancienne et profitable à l’économie grecque. Environ 120 entreprises françaises sont actives en Grèce et représentent plus de 10 000 emplois directs. Energie, infrastructures, assurances, pharmacie et défense sont parmi les principaux secteurs d’activité. Comme toute l’économie mondiale, elles ont subi les effets du coronavirus, mais elles se sont adaptées et envisagent de poursuivre leurs activités en Grèce. Bien que le contexte économique ait changé, les réformes qui sont conduites en Grèce sont courageuses et vont dans la bonne direction. L’intérêt de la France pour des projets en Grèce se poursuit, avec le soutien de la Chambre de commerce et d’industrie franco-hellénique, qui est très active. Dans le prolongement du forum pour les investissements en Grèce qui a été organisé à Paris le 29 janvier 2020, nous aurons le 24 juin un webinaire consacré aux opportunités d’affaires en Grèce dans le domaine de l’environnement et l’économie circulaire. Le 1er juillet, un autre webinaire réunira les acteurs grecs et français des énergies renouvelables, un secteur promis à un bel avenir en Grèce.

- Est-ce que les privatisations grecques intéressent les entreprises françaises ? Vont-elles participer aux appels d’offres lancés par le TAIPED (Fonds de développement du patrimoine privé de l’Etat) ?

Bien sûr. Les plus belles entreprises françaises sont positionnées sur des projets de privatisation et des grands contrats en Grèce et j’espère qu’elles seront sélectionnées. Dans le secteur des infrastructures, plusieurs entreprises françaises s’intéressent à la privatisation des parts de l’Aéroport International d’Athènes (ADP, Vinci Concession aéroports, ARDIAN infrastructures et EGIS), ou encore au projet de la ligne 4 du métro d’Athènes (Alstom Transport). Vinci, qui a déjà réalisé le magnifique pont de Rion-Anthirion s’intéresse à la concession de l’autoroute Egnatia. Les géants français en matière de services urbains, comme Suez et Véolia, s’intéressent aux privatisations partielles des sociétés des eaux d’Athènes (EYDAP) et de Thessalonique (EYATH), d’autres pourraient fournir des bus pour Athènes et Thessalonique (Alstom), sans oublier l’appel d’offres pour les nouvelles cartes nationales d’identité sécurisées sur lequel sont positionnés THALES et IDEMIA. Enfin, il y a aussi les perspectives que pourrait ouvrir la signature d’un notre partenariat en matière de sécurité et de défense et le projet d’acquisition par la Grèce de frégates françaises. Les constructeurs navals français sont prêts à associer les pôles d’excellence grecs aux projets autour de cette acquisition.

- Est-ce que la France est intéressée par les gisements d’hydrocarbures en Grèce ? Que pensez-vous de la tension en Méditerranée orientale dans un contexte de menaces de la part de la Turquie ?
Depuis les ratifications par le parlement grec en mars 2018 et octobre 2019 des accords sur les forages exploratoires en mer Ionienne et en Crète, Total et ses partenaires parmi lesquels Hellenic Petroleum, peuvent commencer les recherches. Ce sera une contribution majeure à la réalisation de l’objectif du gouvernement grec de se passer de lignite et à se tourner d’avantage vers des énergies propres et renouvelables. Total détient également des licences d’exploitation des ressources gazières en Méditerranée orientale, au large du Chypre. C’est l’une des raisons pour lesquelles nous suivons très attentivement les tensions dans la région, en Libye et en Syrie, et aussi celles que la Turquie entretient envers la Grèce et Chypre, en menaçant leur souveraineté. La France en particulier, et avec tous ses partenaires européens, a condamné ces actions unilatérales, ses accords nuls et non avenus avec la Libye et ses pressions sur les frontières grecques, qui sont aussi des frontières de l’Europe.

- Sachant que la France n’a pas encore ouvert ses frontières aériennes, que pensez-vous de la saison touristique de l’année en cours ? Tout d’abord, est-ce qu’il y en aura une ? Et les deux prochaines années ? Le renforcement du tourisme entre nos deux pays, est-il envisageable ? Est-ce qu’il y aura des investissements dans des structures touristiques dans les années à venir ?

2020 ne sera pas comme les autres, c’est évident. La situation est compliquée partout, car si le virus régresse en Europe, il est loin d’avoir disparu. En Grèce comme en France, le tourisme créé beaucoup de revenus et d’emplois ; il est soutenu par nos gouvernements qui font tout pour garantir la sécurité des touristes. Ces dernières semaines, des milliers de Français ont demandé à mon ambassade à partir de quand et dans quelles conditions ils pourraient retrouver l’été grec qu’ils affectionnent tant et nous leur donnons toute l’information, sur notre site et nos réseaux sociaux pour des vacances en sécurité. J’espère aussi que les Grecs viendront en France, un pays que l’on peut (re)découvrir en toute saison. En tous cas, notre compagnie aérienne nationale a programmé pour juin et juillet de plus en plus de vols entre nos deux pays. Sauf mauvaise surprise sur le plan sanitaire, le secteur touristique pourrait reprendre son activité et limiter autant que faire se peut ses pertes.

- La pandémie du coronavirus a plongé l’économie européenne dans une crise sans précédent. Des montants énormes ont été mobilisés en vue de la relance. A votre avis, les capitaux en question seront-ils suffisants ? Et, que pensez-vous de la gestion de la Commission européenne ?

Ne nous voilons pas la face, toutes les sociétés européennes et tous les systèmes de santé ont été mis à rude épreuve, et d’autres efforts nous attendent dans les mois à venir pour relancer l’économie européenne. Je sais que pour de nombreux Grecs, ces mots renvoient à des souvenirs douloureux de la décennie de crise que ce pays a connus. Mais sachons aussi reconnaitre que l’Union européenne a engagé rapidement des moyens financiers sans précédent et qui ont évité la rupture. Nous avons lancé cette idée d’émission de dette commune et elle a, pour ainsi dire, franchi le Rhin. Le président Macron et la chancelière Merkel ont annoncé une proposition le 18 mai et la Commission européenne a retenu cette idée d’émettre une dette commune pour la première fois de l’histoire européenne, à hauteur de 750 milliards d’euros. Cette proposition est sur la table et une négociation nous attend dans les semaines à venir. Avec cette levée de dette, nous atteignons les niveaux comparables à ceux mobilisés par les Etats-Unis ou la Chine. Seront-ils suffisants ? Difficile à dire, mais c’est considérable. Au-delà du montant, il y a dans ce plan de relance une chance unique pour un changement profond de philosophie de l’UE. Ce fonds permet de placer la solidarité au cœur de la construction européenne. Solidarité, en même temps que stimulation des secteurs comme le numérique, les énergies vertes, la santé. Ce plan de relance, nous voudrions le voir adopté le plus rapidement possible. Il est important que ces bénéfices se ressentent d’ici la fin de l’année, au moment où les entreprises feront leur bilan et leurs plans pour l’année prochaine.

En savoir plus

- Site du quotidien NAFTEMPORIKI (site externe)
https://www.naftemporiki.gr/

dernière modification le 15/12/2020

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